Quand les bergers belges s’engageaient : histoires et missions durant les guerres mondiales

27/11/2025

Origines et sélection militaire : pourquoi les bergers belges ?

En plein tumulte du XXe siècle, alors que la guerre transforme la société et la technologie, certains chiens deviennent plus que des compagnons : ils rejoignent les soldats au front. Les bergers belges – Malinois, Tervueren, Laekenois, Groenendael – sont alors propulsés sur le devant de la scène. Pourquoi eux ?

  • Polyvalence : Rapidité, agilité, capacité d’apprendre. Idéal pour les tâches variées exigées par l’armée (cf. “Breed standards and purpose: FCI/AKC”).
  • Endurance et rusticité : Les lignées de travail (notamment Malinois et Tervueren) ont été sélectionnées pour leur résistance à l’effort, le froid, la faim – atouts précieux sur les champs de bataille (source : Musées des Armées, Paris).
  • Intelligence réactive : Aptitude à la prise d’initiative sous stress, et fidélité au conducteur.

La Belgique fut dès 1885 un centre de sélection reconnu pour ces chiens, exportant des sujets dans toutes les armées européennes peu avant 1914. Dès 1908, l’armée belge institue la Section canine, officialisant le recours aux bergers belges pour la surveillance et la transmission (cf. “Le Chien Militaire: Histoire et Utilisation”, J. Martin, 1923).

À retenir :
  • Le choix n’est pas anodin : rusticité + dressabilité = chien de guerre redouté et respecté.
  • Toutes les variétés de bergers belges ont été mobilisées, avec une prédominance des Malinois et Tervueren pour les missions de première ligne.

Missions des bergers belges en 1914-1918

Loin de l’image romantique du chien messager, le berger belge fut d’abord un outil stratégique bardé d’adrénaline et de responsabilités. Leurs emplois sont multiples :

1. Chien de liaison (messager)

  • Transmettre des messages écrits ou codés à travers les lignes ennemies quand les fils et les pigeons échouaient.
  • Utilisation de harnais spéciaux avec protections cuir ou maille légère.

Chiffre-clé : Pendant la bataille de la Somme (1916), près de 900 chiens, majoritairement bergers belges ou allemands, ont sillonné le front français en moyenne 5 fois par jour, avec un taux de réussite estimé à 80 % (source : “Le rôle du chien militaire”, J. Hulin, 1925).

2. Chien sanitaire (“sanitäter”)

  • Repérer les soldats blessés entre les lignes.
  • Porter de l’eau, de la morphine ou une musette de premiers soins.
  • Ramener un pansement ou un morceau d’uniforme pour signaler la position d’un blessé (travail de flair ciblé).

Erreur fréquente : Les chiens n’allaient pas toujours “chercher” les blessés au lieu de ramener les secours : dans de nombreux cas, ils donnaient simplement l’alerte à leur conducteur.

3. Tâches logistiques

  • Traction de mitrailleuses (+ de 3 000 chiens équipés de harnais de portage entre 1915 et 1918 selon les Archives militaires belges),
  • Transport de nourriture, munitions, courrier entre avant-postes.

Mise en pratique : En mai 1917, une brigade de chariots à munitions tirés par des Malinois a permis de ravitailler une batterie isolée – une mission impensable avec des chevaux trop voyants dans le no man’s land (témoignage : “Chien de guerre, compagnon d’armes”, Musée Royal de l’Armée, Bruxelles).

Check-list minute : Que fallait-il à ces chiens ?
  • Éducation à l’auto-contrôle : rester calme sous le feu.
  • Condition physique solide (5-10 km/jour en terrain difficile).
  • Sens du lien avec leur référent humain.
  • Matériel adapté : muselières, harnais tactiques, chaussures.
  • Désensibilisation progressive aux explosions/armes (cf. “cours d’adaptation sensorielle”, armée anglaise, 1915).

Rôles et innovations pendant la Seconde Guerre mondiale

Avec la mécanisation et la radio, certains rôles changent ou deviennent plus spécialisés :

Nouvelles missions (1940-1945)

  • Détection de mines/bombes : Premières expérimentations au sein des armées belge et américaine ; les bergers belges sont choisis pour leur flair (effectif estimé : 300-500 chiens chaque année sur le front Ouest, source “Dogs at War – Canine Heroes”, BBC, 2021).
  • Chien de patrouille / sentinelle : Protection des aérodromes, des dépôts d’armes, de camps de prisonniers (cf. “Berger belge: sentinelle de guerre”, archives armée américaine, 1942-44).
  • Chien parachutiste : Entraînement au saut (largage en caisse ou sur harnais ventral), principalement chez les Malinois pour des missions de sabotage. Un rapport de 1944 signale qu’un binôme “berger belge-parachutiste” progresse deux fois plus vite sur terrain ennemi que le binôme humain seul.

Les capacités cognitives des bergers belges sont alors intégrées dans les premiers “tests d’intelligence canine militaire” : obéissance, autocritique, récupération après bruit soudain. Ces critères influenceront les futures sélections post-1945. (Source : “Military Dog Training 1939-1945”, D. Williams, Cambridge Press, 2005).

À retenir :
  • La guerre a fait évoluer la sélection : le courage et la récupération au stress deviennent des critères essentiels.
  • L’impact du dressage positif commence à émerger, sur les conseils de plusieurs vétérinaires militaires (Dr. E. Rolin, Paris, 1943).

Chiffres, anecdotes et figures marquantes

  • Nombre total de chiens belges mobilisés (2 guerres) : Entre 6 000 et 8 500, toutes variétés comprises (principalement Malinois et Tervueren), contre 20 000 bergers allemands du côté allemand (Musée Royal de l’Armée, Bruxelles ; “Military Working Dogs”, US Army Records, 1946).
  • Taux de réussite des missions messager : 60 à 85%, supérieur aux pigeons sur certains terrains, notamment la nuit (source : archives Croix-Rouge internationale).
  • Cas emblématique : “Rex”, Malinois décoré de la Croix de Guerre 1918 pour avoir permis, à trois reprises, la transmission de messages encerclés à Verdun (témoignage original “Les chiens de la victoire”, 1920, société francophone de cynotechnie).
  • Survie et réadaptation : Sur une promo de 400 chiens militaires belges, seuls 90 furent reconvertis comme chiens de police ou de recherche à la Libération (source : rapport “Chien et société”, Belge Cynologique, 1947).
Lexique maison :
  • Auto-contrôle : capacité du chien à résister à l’excitation, à la peur ou à l’impulsion ; essentielle pour le travail sous stress.
  • Désensibilisation : exposer progressivement un chien à des stimuli gênants (bruits, foule…) pour qu’il les supporte sans réaction inadaptée.
  • Fenêtre de tolérance : zone émotionnelle dans laquelle un chien peut apprendre ou exécuter un comportement sans être dépassé par le stress.

Trace laissée dans le monde militaire (héritage & transmission)

L’expertise acquise avec les bergers belges dans les tranchées a posé les bases de la cynotechnie moderne :

  • Création de centres de formation (première école de chiens militaires, Malines, 1919 ; suivie en France en 1922, puis en Allemagne).
  • Codification : standardisation des épreuves (homologations de capacités, inspirées des protocoles belges puis françaises, cf. “Évolution de la sélection militaire canine”, Revue internationale de cynotechnie, 1950).
  • Montée en puissance des méthodes sans intimidation : l’histoire des chiens traumatisés ou devenus inapte en raison de punitions non adaptées a accéléré la recherche de techniques douces (travaux Dr. Rolin, 1943-1955).

Aujourd’hui encore, le Malinois occupe la première place dans les sélections gendarmerie/armée à travers le monde (source : “Annual Report Military K9 Units”, NATO, 2021). Son héritage n’est donc pas seulement symbolique : c’est le fruit d’une sélection et d’une collaboration qui ont traversé les pires conflits et posé les bases du métier de chien d’utilité moderne.

À retenir :
  • Les bergers belges furent pionniers dans l’armée dès 1908, et modèles pour la cynotechnie mondiale du XXe siècle.
  • Leurs talents ont été forgés au prix de missions à haut risque et d’une sélection rigoureuse, sans compromis sur le respect de l’animal.
  • Le binôme conducteur/chien a fait l’objet d’une attention grandissante sur le plan émotionnel – un héritage dont bénéficient tous les chiens de travail d’aujourd’hui.

Check-list : comprendre l’engagement des bergers belges durant les deux guerres

  • Malinois et Tervueren en première ligne, toutes fonctions confondues.
  • Polyvalence : messagers, sanitaires, tracteurs, détecteurs (puis sentinelles et parachutistes).
  • Testés sur l’auto-contrôle, l’endurance et la résistance psychologique.
  • Soumis à de nombreux protocoles d’adaptation sensorielle (précurseurs des méthodes de désensibilisation actuelles).
  • Leur héritage influence encore la formation des chiens militaires, policiers et de recherche aujourd’hui.

L’héritage vivant d’une race au service de l’humain

Les bergers belges ont marqué les deux conflits mondiaux par leur capacité à s’adapter, leur courage et leur fidélité. Si leur rôle militaire appartient à l’histoire, leur héritage se prolonge dans le quotidien des équipes cynotechniques, mais aussi – plus discrètement – dans la relation que chaque passionné noue avec son compagnon. Comprendre ce passé, c’est aussi porter un autre regard, plus éclairé et bienveillant, sur la richesse de leur tempérament et l’importance de répondre à leurs besoins… au service de la plus belle des alliances.

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