Bergers belges en Amérique du Sud : histoire, enjeux et réalités des élevages

24/12/2025

Sommaire

Un matin dans la pampa argentine. Le soleil perce un brouillard léger. Un berger belge longiligne garantit la cohésion d’un troupeau, entre vaches robustes et collines herbeuses. Rien d’un cliché : en Amérique du Sud, ces chiens d’exception font aujourd’hui partie intégrante du paysage des élevages, avec parfois plus de responsabilités que leurs cousins d’Europe.

De l’Europe à l’Amérique du Sud : chronologie et repères

Les premiers bergers belges arrivent en Amérique du Sud dès les années 1920, introduits par des éleveurs européens cherchant un chien résistant et polyvalent pour les grandes exploitations. Le Malinois, déjà reconnu pour ses aptitudes de travail, sera le premier ambassadeur.

  • Années 1920-1950 : principalement importations en Argentine, Uruguay et Brésil. Utilisation sporadique, concurrencée alors par les races ibériques et britanniques.
  • Boom des années 1970-80 : militarisation accrue (dictatures, besoins policiers accrus), entraînant une demande forte pour le Malinois. Naissance des premiers élevages locaux structurés.
  • Depuis les années 2000 : diversification : Groenendael et Tervueren font leur entrée, principalement auprès de passionnés, compétiteurs et cynotechniciens.
À retenir
  • Le berger belge Malinois est historiquement le premier à s’imposer.
  • L’essor est intimement lié aux besoins agricoles, puis sécuritaires.
  • Les autres variétés restent plus confidentielles, sauf au Brésil.

Chiffres clés

  • En 2022, le club argentin du berger belge (Club Argentino del Pastor Belga) comptabilisait 980 chiens inscrits en compétitions de discipline (source : CACP).
  • Au Brésil, plus de 450 élevages enregistrés produisent chaque année environ 1 800 naissances “LOCB” (Livro de Origens).

Implantation : quelles variétés pour quels pays ?

L’implantation des bergers belges se comprend à l’échelle locale et selon les usages attendus du chien :

Pays Variété dominante Contextes d’utilisation
Argentine Malinois Élevages bovins et ovins, sécurité, sports canins
Brésil Malinois, puis Tervueren Police, élevages laitiers, famille sportive
Chili Malinois Protection, concours d’agility, troupeaux
Uruguay Groenendael (minoritaire) Élevages ovins, médiation animale

Les facteurs expliquant ces variantes :

  • Niveau d’urbanisation (zones rurales vs. villes ultradenses)
  • Climat (support du poil long/mi-long vs. poil ras du Malinois)
  • Disponibilité initiale de reproducteurs importés
  • Traditions locales autour du chien de travail
Erreur fréquente
  • Penser que la race est omniprésente dans tous les pays sud-américains : au Pérou, en Équateur, au Paraguay, le berger belge reste rare ou confidentiel.

Exemple terrain : une ferme laitière du sud du Brésil

Sur près de 200 hectares, un élevage laitier du Parana associe 3 Malinois et 2 Border Collie pour assurer la conduite de 400 têtes de bétail. Les Malinois sont sélectionnés pour leur endurance, leur rusticité et une grande adaptabilité (chaleur, promiscuité animale, contacts fréquents avec les humains).

Des élevages agricoles à la sécurité moderne : rôles et missions

Fonctions dans l’élevage traditionnel

  • Rassemblement et conduite des troupeaux : un seul Malinois peut superviser efficacement un groupe de 50 à 100 bovins.
  • Protection contre la prédation : attaque de chiens errants, vol de bétail (problème récurrent dans certaines provinces argentines, source : INTA).
  • Gestion des espaces : entry/exit sécurisés, canalisation du bétail en stabulation.

Évolution vers des missions élargies

  • Sécurité et cynotechnie : détection de substances, recherche de personnes, intervention militaire ou policière (Brésil, Argentine).
  • Sports canins et médiation : obéissance, agility mais aussi projets de médiation animale en Uruguay (Groenendael, Tervueren utilisés auprès d’enfants en situation de handicap).
Lexique maison :
  • Cynotechnie : ensemble des disciplines et applications impliquant l’utilisation de chiens entraînés, notamment en sécurité ou sauvetage.
  • Stabulation : espace clos destiné à parquer les animaux d’élevage.

Sélection, génétique et adaptation aux contextes locaux

Enjeux particuliers d’élevage en contexte sud-américain

  • Robustesse au climat : adaptation génétique progressive. Les lignées provenant d’Europe du Nord sont parfois moins tolérantes aux fortes chaleurs ou à l’hygrométrie équatoriale.
  • Longévité et santé : absence relative de certaines maladies rencontrées en Europe de l’Est (myélopathie dégénérative rare, mais attention à la dysplasie).
  • Sélection travail/famille : certains élevages brésiliens visent une double-aptitude, avec sélection comportementale sur la stabilité émotionnelle.

Procédés de sélection : entre importation et structuration locale

Les années 2000 ont marqué une professionnalisation croissante : tests ADN, expositions officielles (FCI Amérique Sud), certifications comportementales obligatoires dans certains élevages brésiliens (obéissance de base, gestion du stress).

Exemple concret : l’élevage “Belga Sul” au Brésil travaille selon le protocole suivant :

  1. Sélection de reproducteurs testés sur 3 générations (dysplasie hanche/coude ; caractère ; tests en ring sportif).
  2. Socialisation précoce des chiots (stimulations sonores/texturales de 2 à 8 semaines).
  3. Évaluation du tempérament à 7 et 12 semaines : réactions à la nouveauté, gestion de la frustration.
  4. Accompagnement des familles adoptantes : livret pédagogique, suivi vidéo mensuel les 6 premiers mois.
À retenir
  • L’adaptation au climat est un enjeu prioritaire de sélection locale.
  • La vigilance santé reste nécessaire : malgré une moindre fréquence, des contrôles sont indispensables, notamment sur la dysplasie (source : OFA).
  • Le Malinois sud-américain s’illustre par une polyvalence remarquable, mais des différences notables d’un élevage à l’autre persistent.

Check-list minute : réussir l’accueil et l’éducation d’un berger belge sud-américain

Check-list
  1. Demander la traçabilité : pedigree officiel, test ADN disponible ?
  2. Vérifier la socialisation précoce : contact régulier avec humains, autres chiens, environnement varié.
  3. Exiger un bilan santé (radio des hanches, certificat vétérinaire de moins de 3 mois).
  4. Prévoir une progression d’activités adaptées : grands espaces + stimulation mentale (jeux de flair, conduite simple).
  5. S’impliquer dans l’éducation : accompagnement pro ou club canin local recommandé.

Mini-protocole : premières semaines à la ferme

  • Objectif : sécuriser les premières rencontres bétail/berger.
  • Matériel : laisse longue, friandises à forte valeur, clôture temporaire, longe de sécurité.
  • Routine : 10 minutes par jour avec un adulte calme du troupeau, récompenses pour l’attention, arrêt immédiat si signes de stress (halètement, évitement, oreilles basses).
  • Progression : introduction progressive de nouveaux éléments (bruit, groupes plus larges) tous les 3 jours selon le bien-être du chien.
Erreur fréquente
  • Exposer le chiot dès l’arrivée à de grands groupes d’animaux : risque de peur durable. Préférer la conduite individuelle progressive.

Des opportunités et des défis pour demain

L’ancrage du berger belge en Amérique du Sud relève autant d’un défi d’adaptation que d’une success story. Pour les éleveurs, ces chiens sont à la fois partenaires de travail, sentinelles et membres de la famille. Les programmes de sélection prennent la mesure des exigences locales : vigueur, équilibre mental, robustesse physique.

Un avenir prometteur : développement de nouveaux protocoles de socialisation, reconnaissance accrue sur la scène sportive et utilitaire (notamment avec l’ouverture aux sports canins mondiaux type mondioring ou canicross). Mais aussi, une vigilance éthique : formation continue des éleveurs, lutte contre la surproduction, intégration des critères de bien-être.

Comprendre ce chemin parcouru depuis près d’un siècle, c’est donner à chacun les outils pour envisager sereinement une adoption ou un partenariat professionnel, dans le respect de l’animal et l’efficacité du travail en élevage.

À retenir
  • La réussite du berger belge en Amérique du Sud repose sur la sélection, l’adaptation et l’engagement des éleveurs.
  • Le respect des besoins individuels, la prévention santé et la progression des apprentissages demeurent les clés d’une relation harmonieuse, que votre compagnon soit destiné au travail… ou au cœur de votre famille.
  • CACP – Club Argentino del Pastor Belga
  • Livro de Origens Brasileiro (Confederação Brasileira de Cinofilia)
  • FCI America y Caribe
  • OFA – Orthopedic Foundation for Animals
  • Instituto Nacional de Tecnología Agropecuaria (INTA, Argentine)

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